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Mohamed Ouahbi : le prof d'Anderlecht devenu sélectionneur du Maroc

D'un poste de formateur à Neerpede à un quart de finale mondial neuf mois après sa nomination : le parcours peu banal de l'homme qui a remplacé Walid Regragui.

Mohamed Ouahbi : le prof d'Anderlecht devenu sélectionneur du Maroc

Pose la question autour de toi : qui était l'entraîneur du Maroc avant la Coupe du monde 2026 ? La plupart répondront Walid Regragui, l'homme de la demi-finale historique au Qatar. Peu sauront que trois mois avant le coup d'envoi du Mondial, la fédération a changé de pilote, et que celui qui a pris le volant venait de gagner une Coupe du monde... des moins de 20 ans.

Vingt-neuf ans dans l'ombre, à Bruxelles

Mohamed Ouahbi n'est pas un inconnu du sérail belge. Né à Schaerbeek, il commence à entraîner à 21 ans, en 1997, du côté du modeste Maccabi Bruxelles. Rien, à ce moment-là, ne dessine une trajectoire vers un banc de sélection nationale.

Le tournant arrive en 2003 : Anderlecht le recrute comme formateur à Neerpede, son centre de formation. Il y reste treize ans. Treize ans à façonner des adolescents qui deviendront des noms connus de toute l'Europe : Youri Tielemans, Jérémy Doku, Leander Dendoncker, Yari Verschaeren, Dodi Lukébakio sont tous passés entre ses mains. En 2014-2015, son équipe atteint les demi-finales de la Youth League. L'année suivante, il décroche son diplôme UEFA Pro et rejoint le staff de l'équipe première.

Un formateur de talents, oui. Un sélectionneur en devenir, personne ne l'aurait parié.

Le déclic marocain : une génération, un titre mondial

En mars 2022, la Fédération royale marocaine de football lui confie les U20. Le pari : construire une équipe capable de mélanger binationaux formés en Europe et pépites de l'Académie Mohammed VI. Trois ans plus tard, le résultat dépasse toutes les projections raisonnables : titre en UNAF U20, finale de la CAN U20, puis, en 2025, un premier titre mondial de l'histoire du football marocain, toutes catégories confondues — la Coupe du monde U20.

Ce n'est pas un détail. Avant Ouahbi, jamais une sélection marocaine, junior ou senior, n'avait été championne du monde. Il fallait une génération dorée pour y arriver. Mais il fallait aussi quelqu'un pour l'assembler.

De l'olympique au banc des A, en trois mois

Décembre 2025 : promotion à la tête de l'équipe olympique. Mars 2026 : la fédération saute une étape et le nomme sélectionneur des A, en pleine préparation du Mondial, en remplacement de Regragui. Un timing serré, presque risqué, trois mois seulement avant le tirage final des matchs de poule.

La suite est connue. Le Maroc termine deuxième d'un groupe C relevé, derrière le Brésil, avec un nul contre les Auriverde, une victoire sur l'Écosse et un festival offensif contre Haïti. Puis vient le 8e de finale contre les Pays-Bas, arraché aux tirs au but après un money-time à couper le souffle, et un 3-0 sans appel face au Canada en quart... de poule à poule, en réalité. Le vrai quart, celui qui comptait, s'est joué contre la France, perdu 2-0. Mais le symbole est déjà là : deux Coupes du monde de suite en quarts de finale, une première pour une sélection africaine.

Un style, pas seulement un palmarès

Ce qui frappe chez Ouahbi, ce n'est pas uniquement la ligne de résultats. C'est le contraste avec son prédécesseur. Là où Regragui avait construit un bloc bas, discipliné, presque avare de ballon, Ouahbi pousse vers un jeu plus vertical, plus offensif, assumé. Ismaël Saibari, sacré révélation du tournoi avec trois buts, et Azzedine Ounahi, décisif face au Canada, en sont les meilleurs symboles.

Treize ans à Neerpede t'apprennent une chose : la patience avec les jeunes joueurs, et la capacité à leur faire confiance quand le moment vient. C'est peut-être ça, au fond, la vraie signature de Mohamed Ouahbi.

Et maintenant ?

Le chantier suivant s'appelle CAN 2027. Les éliminatoires démarrent en septembre, face à un groupe où le Gabon s'annonce comme le seul vrai obstacle. Après un Mondial XXL, la question n'est plus de savoir si Ouahbi sait gérer une génération talentueuse. C'est de savoir s'il peut, cette fois, ramener un trophée continental à des Lions de l'Atlas qui n'en ont plus soulevé depuis 1976.